Cercles de guérison à Niakhar : 38 survivantes de violences sexuelles accompagnées
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Cercles de guérison à Niakhar : 38 survivantes de violences sexuelles accompagnées

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Au premier trimestre 2026, quatre sessions de cercles de guérison ont été organisées à Niakhar dans le cadre du projet ELLES AUSSI. Elles ont réuni 38 survivantes réparties en quatre groupes.

Il existe une distance considérable entre reconnaître qu'une violence a eu lieu et pouvoir en parler. C'est cette distance que les cercles de guérison cherchent à réduire. Au premier trimestre 2026, quatre sessions ont été organisées à Niakhar, dans la région de Fatick, réunissant 38 survivantes de violences sexuelles et sexistes réparties en quatre groupes.

Ces cercles s'inscrivent dans la deuxième phase du projet ELLES AUSSI, un projet d'intervention communautaire contre les violences sexuelles et sexistes financé par l'African Women's Development Fund et déployé dans les communes de Fatick, Diouroup et Niakhar entre juillet 2025 et mars 2026.

Des règles posées par les participantes elles-mêmes

Le dispositif repose sur une condition préalable : la sécurité du cadre. Les règles de fonctionnement — confidentialité, respect, écoute active — n'ont pas été imposées par les animatrices mais définies collectivement par les participantes au début du travail.

Ce détail de méthode n'est pas anodin. Des femmes dont la parole a été confisquée, mise en doute ou retournée contre elles commencent par reprendre la main sur les conditions dans lesquelles elles vont parler. La libération de la parole vient ensuite, et seulement ensuite.

Une approche centrée sur le care

L'intervention a reposé sur une approche participative centrée sur le care, s'appuyant sur des outils ludo-pédagogiques : cartes projectives, jeux de ballons, exercices de vocalisation. Le cadre a combiné présentations, travaux en binôme, échanges guidés et outils thérapeutiques.

Ce recours au jeu et au corps répond à un obstacle précis. Le traumatisme bloque l'accès au récit : demander à une survivante de raconter les faits, dans l'ordre et avec des mots, revient souvent à lui demander l'impossible. Les cartes projectives et les exercices de vocalisation contournent cet obstacle en passant par l'image et par la voix plutôt que par le récit construit.

Cette méthodologie a permis de faciliter l'expression émotionnelle des participantes, de réduire les blocages liés aux traumatismes et de renforcer la cohésion, la solidarité et la sororité au sein des groupes.

Ce que les échanges ont mis au jour

Les discussions ont fait apparaître une diversité de violences subies — sexuelles, domestiques, psychologiques, sociales et économiques — incluant des cas de viols suivis de grossesses. Elles ont également montré une implication fréquente d'auteurs issus du cercle familial ou de proximité.

Trois mécanismes structurels sont ressortis avec constance. La dépendance économique, d'abord, comme facteur majeur de vulnérabilité. L'existence de systèmes de prédation sociale et économique, ensuite. Enfin, ce que les participantes ont décrit comme une « économie du silence » : un ensemble d'intérêts convergents qui protège les auteurs et isole les survivantes.

Le silence, dans cette lecture, n'est pas une absence de parole. C'est une organisation sociale qui a ses bénéficiaires. La stigmatisation, la pression de la sutura et le manque de confiance envers les institutions en sont les rouages.

Les besoins exprimés

Les survivantes ont formulé quatre besoins prioritaires : un accès durable à un accompagnement psychosocial adapté, la mise en place d'espaces sûrs et permanents, le renforcement de leur autonomisation économique, et l'amélioration des mécanismes de protection et d'accès à la justice.

L'ordre de cette liste mérite attention. L'autonomisation économique y figure au même rang que l'accompagnement psychologique et l'accès à la justice — ce qui rejoint le constat sur la dépendance économique comme facteur d'enfermement.

Ce que le projet en retient

Le bilan du trimestre relève une participation active des survivantes et identifie comme principal enjeu la mise en place d'un suivi régulier après les séances. Les recommandations portent sur des séances préparatoires individuelles ou en petits groupes pour faciliter l'adhésion aux cercles, sur l'adaptation des approches au rythme de chaque survivante, et sur un accompagnement psychologique qui ne s'arrête pas à la fin de l'activité.

Les cercles de guérison ont constitué des espaces de libération de la parole, de reconnaissance des vécus et de reconstruction individuelle et collective. Ils confirment la pertinence des approches communautaires centrées sur l'écoute, le care et l'autonomisation des survivantes.

Cet article s'inscrit dans le programme

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