Budget sensible au genre : comment une commune finance réellement la lutte contre les violences
Entre condamner les violences faites aux femmes et y consacrer une ligne budgétaire, il y a une série d'outils de gestion publique. Le programme KIIRAY en fait le cœur de sa méthode.
Une politique publique se lit dans un budget avant de se lire dans un discours. C'est le principe de départ du budget sensible au genre, et c'est ce qui fonde la méthode du programme KIIRAY au Sénégal.
Ce qu'est un budget sensible au genre
Le budget sensible au genre ne consiste pas à créer une ligne « femmes » dans le budget d'une collectivité. Il consiste à examiner l'ensemble des dépenses en se demandant qui en bénéficie réellement.
Un budget qui paraît neutre ne l'est presque jamais dans ses effets. L'éclairage public d'un marché, la desserte en transport d'un quartier, les horaires d'ouverture d'un poste de santé : chacune de ces décisions modifie concrètement la sécurité et la mobilité des femmes, sans jamais être présentée comme une mesure de genre.
Le diagnostic participatif comme point de départ
Le programme KIIRAY commence par un diagnostic participatif conduit dans chaque commune d'intervention, pour identifier les défis et les besoins réellement exprimés par les populations.
Ces diagnostics ont fait ressortir quatre champs : les violences basées sur le genre, l'autonomisation économique des femmes, l'accès aux services sociaux et la participation citoyenne. Ce sont ces constats, et non un modèle importé, qui déterminent ensuite ce qui sera budgété.
Du diagnostic au plan budgétisé
L'étape suivante est celle que la plupart des démarches ne franchissent jamais : la traduction du diagnostic en plan d'action local élaboré et budgétisé.
Trois plans de ce type ont été produits, à Fatick, à Diamaguène Sicap Mbao et à Yoff. Un plan budgétisé chiffre, désigne des responsables, et devient opposable lors des exercices de reddition des comptes. Il transforme une intention en engagement vérifiable.
Trois outils complémentaires
Les rencontres organisées dans le cadre du programme ont porté sur un ensemble d'instruments de gestion publique : la gouvernance sensible au genre, le Budget Sensible au Genre, le budget participatif et les mécanismes de redevabilité.
Ces outils fonctionnent ensemble. Le budget participatif associe les habitantes à l'affectation des ressources ; la gouvernance sensible au genre garantit que cette participation ne se limite pas à une consultation formelle ; les mécanismes de redevabilité permettent de vérifier, l'année suivante, que la dépense annoncée a été exécutée.
Le rôle des actrices communautaires
Un dispositif budgétaire n'atteint les femmes concernées que si des personnes de confiance font le lien. C'est le rôle que le programme reconnaît aux Bajenu Gox, ces marraines de quartier qui constituent depuis des années un maillon de la santé communautaire, et dont KIIRAY a consolidé la feuille de route en matière de prévention et de prise en charge des violences basées sur le genre.
La difficulté qui demeure
Le bilan du programme identifie un point de fragilité qui vaut d'être énoncé sans détour : la synergie entre les acteurs communautaires et les services techniques des collectivités reste à renforcer.
C'est le point de passage obligé de toute cette démarche. Un plan budgétisé n'a d'effet que si les services chargés de l'exécuter travaillent effectivement avec celles et ceux qui ont participé à son élaboration. Sans cela, le document existe et rien ne change.
Cet article s'inscrit dans le programme
KIIRAY
